Retour de l'EASST à Kampala: faits marquants du Sommet des preuves de 2018

Maya Ranganath dirige le portefeuille de réseaux mondiaux du CEGA, qui donne aux chercheurs les compétences nécessaires pour devenir des leaders dans la recherche et la diffusion de politiques rigoureuses.

Chaque été, des chercheurs est-africains de premier plan en début de carrière se réunissent pour un «Sommet sur les preuves» organisé par le groupe de recherche EASST (Social Science Translation) d'Afrique de l'Est. Les objectifs du Sommet sont multiples: c’est l’occasion de partager des recherches rigoureuses avec les décideurs politiques de l’Afrique de l’Est, en abordant toute une gamme de défis sociaux et économiques urgents. Il relie les universitaires africains à travers les disciplines et les secteurs, favorisant ainsi les échanges intellectuels vitaux. Et il attire chaque année une masse critique de chercheurs du CEGA, approfondissant les liens entre les universitaires est-africains et américains.

Participants au Sommet EASST 2018 en Ouganda. Crédit photo: Mouris Privet

Le Sommet est également le «rassemblement communautaire» annuel d’EASST, un réseau de près de 25 économistes, statisticiens et spécialistes des sciences sociales basés dans des universités et des groupes de réflexion d’Afrique de l’Est. EASST est issue d'une réunion tenue à Kampala en 2009, à laquelle a participé une petite avant-garde d'universitaires africains engagés dans l'évaluation aléatoire des politiques. Le lancement public du réseau a eu lieu en 2012, lors d’un sommet sur les preuves organisé par l’Université Makerere. Depuis lors, le sommet annuel a été organisé en partenariat avec des universités et des groupes de réflexion en Tanzanie, au Rwanda, au Kenya et en Éthiopie.

Et en juillet 2018, le réseau est finalement rentré chez lui en Ouganda, pour sa 7ème réunion annuelle.

L’événement de cette année a réuni plus de 120 participants pour discuter d’idées de politiques fondées sur des données probantes concernant l’environnement, la santé, l’inclusion financière, l’éducation et la responsabilisation des femmes. Pour le public, ce fut une occasion rare d'entendre les dernières découvertes des spécialistes des sciences sociales d'Afrique orientale et d'Amérique. Elle a également mis en place un forum permettant aux décideurs politiques de partager leurs priorités (et de discuter des difficultés liées au travail avec des universitaires).

Nous soulignons ici quelques-unes des conclusions intéressantes présentées à la conférence de cette année. Dans un prochain article, nous ferons rapport sur le groupe de travail du Sommet, qui a fourni des informations fascinantes sur la manière dont les preuves sont utilisées dans le «monde réel».

Session 1: Agriculture et environnement

  • Les changements climatiques et la hausse des températures vont probablement augmenter la violence et les conflits à l'échelle mondiale, bien que les facteurs qui les déclenchent soient inconnus. Ted Miguel (directeur du corps professoral du CEGA) a commenté les résultats d’une série de 12 expériences de laboratoire menées au Kenya et en Californie, explorant les effets de la température sur les émotions et les réponses psychologiques des gens. Les températures plus élevées n’ont pas affecté les préférences économiques ni le comportement prosocial des participants à l’étude au Kenya et en Californie. Cependant, dans une expérience, les températures plus élevées ont entraîné un comportement plus destructeur chez les participants kényans (mesuré à travers un jeu de «joie de la destruction» suscitant un comportement antisocial agressif). L'effet a été particulièrement fort pour les groupes marginalisés, ce qui concorde avec la preuve que les personnes en situation de stress réagissent plus fortement à des facteurs de stress supplémentaires. Email Ted pour plus d'informations (emiguel@berkeley.edu).
Ted Miguel présente «La prise de décision économique, le jugement et les comportements destructifs dans des conditions de stress thermique». Crédit photo: Mouris Privet.
  • L'Ouganda a accepté plus de 50 000 réfugiés du Soudan du Sud depuis début 2017. Annet Adong (Fellow EASST, 2013) a examiné des données sur les arrangements fonciers informels entre les réfugiés et les communautés hôtes, qui peuvent fortement dépendre des préférences sociales et comportementales. Grâce à une série d'expériences en laboratoire sur le terrain, elle constate que les communautés d'accueil attendent des réfugiés qu'ils soient plus dignes de confiance que les membres de leurs propres communautés. Cela concorde avec la conclusion selon laquelle près de 50% des membres de la communauté d'accueil ont fourni aux réfugiés un accès informel à des terres privées. Voir les diapositives ici.

Session 2: Santé

  • La prévalence des maladies non transmissibles (MNT) augmente partout en Afrique subsaharienne; En Tanzanie, 26% des adultes âgés de 25 à 64 ans souffrent d'hypertension et 9% de diabète. Fred Manang (Fellow EASST, 2015) a présenté les résultats d'un essai clinique randomisé financé par EASST qui teste des moyens peu coûteux et évolutifs d'accroître le dépistage des MNT. Le projet pilote a examiné deux approches: envoyer des informations sur les dépistages par SMS et fournir un incitatif financier supplémentaire pour couvrir les coûts de transport et d’opportunité des patients. L’incitation financière était plus efficace que les SMS. Le projet pilote a également révélé des retombées majeures (un grand nombre de patients non traités apparaissant pour le dépistage), suggérant un effet de réseau social fort. Ce travail en cours est réalisé conjointement avec Zachary Olson (UC Berkeley). Contactez Fred pour plus d'informations (fmanang@gmail.com)
(G) Fred Manang a présenté son exposé sur «Tirer parti des réseaux et des incitations financières pour augmenter les taux de dépistage des maladies non transmissibles en Tanzanie». (D) Les membres de l'auditoire participent au sommet. Crédit photo: Mouris Privet.
  • Au Mali, les médecins du secteur public prescrivent systématiquement en excès des antipaludéens, fournissant des médicaments même lorsque le traitement est inapproprié. Simone Schaner (affiliée à CEGA) a présenté les résultats d'un test d'ECR, qu'il soit motivé par des médecins exagérant intentionnellement ou par des patients faisant pression sur leurs médecins pour qu'ils prescrivent. L’étude montre que la surmédication est largement motivée par le fait que les médecins «cèdent» aux demandes des patients, au détriment de leurs propres préférences. Cela signifie que l'aide aux médecins ayant des compétences en matière de négociation, associée au partage des coûts, pourrait réduire les risques d'abus. Voir les diapositives ici.
(L) Simone Schaner présente «La contribution des patients et des prestataires de services à la surconsommation de médicaments sur ordonnance». (R) Un membre du public lit le programme du sommet. Crédit photo: Mouris Privet

Session 3: Inclusion financière

  • Dans le secteur informel du Kenya, qui représente 85% de la main-d’œuvre du pays, moins de 1% des travailleurs épargnent pour la retraite. Amos Njuguna (boursier EASST, 2013) a examiné les résultats d'un ECR financé par EASST évaluant les effets des rappels par SMS sur l'épargne-retraite des travailleurs informels. À court terme, les rappels SMS ont permis d’accroître les économies d’un programme de pensions existant, mais l’effet n’a pas persisté. Les entretiens de suivi avec les participants à l’étude suggèrent que les résultats pourraient être dus à l’inefficacité des mécanismes d’épargne. Njuguna travaille en coordination avec les autorités de retraite et les fournisseurs de services du Kenya pour explorer des pistes d'investissement plus formelles, notamment l'inscription automatique, l'accès aux microcrédits et la sortie facile. Ce travail était conjoint avec Will Dow (UC Berkeley) et Justin White (UCSF). Voir les diapositives ici.
  • Les programmes de microfinance ne parviennent souvent pas aux ménages les plus pauvres et les programmes qui ciblent spécifiquement les ménages «extrêmement pauvres» sont souvent coûteux à mettre en œuvre. Ethan Ligon (affilié CEGA) a présenté une étude comparant le programme «Cibler les ultra-pauvres» (TUP) de BRAC au Sud-Soudan, qui fournit du bétail et une formation aux ménages extrêmement pauvres, avec un programme de transferts monétaires à coût équivalent. Les résultats ont été mitigés: le groupe TUP a signalé des gains importants d'actifs et d'économies à court terme, avec un déplacement de la main-d'œuvre de l'agriculture vers l'élevage. Cependant, il n'y a pas eu d'amélioration à long terme de la consommation. Le groupe de la trésorerie a déclaré une consommation à long terme plus élevée, mais n'a enregistré aucun gain d'actif à court terme ni aucune augmentation de la part des ménages épargnés. Ces travaux ont été réalisés conjointement par Elliot Collins (Kiva), Reajul Chowdhury et Munshi Sulaiman (BRAC). Voir les diapositives ici.

Comme toujours, les présentations lors du Sommet sur les preuves de cette année ont suscité un débat animé et ont suscité de nouvelles collaborations et de nouveaux partenariats. Mais l'événement de 2018 était particulièrement excitant, car il a marqué le début d'une nouvelle initiative: le réseau des chercheurs en évaluation d'impact en Afrique (NIERA). Cette organisation naissante, dirigée par des boursiers EASST, a pour objectif de devenir un réseau de recherche sur les politiques de premier plan en Afrique, intégrant des évaluations rigoureuses à la formation et au rayonnement des politiques. Restez à l’écoute pour un prochain article de blog des dirigeants de NIERA.