Des femmes et des enfants syriens se rassemblent sur le front occidental après avoir fui le centre de Raqqa le 12 octobre 2017. Les Syrian Democratic Forces (SDF), combattants syriens soutenus par des forces spéciales américaines, luttent pour éliminer les derniers djihadistes retranchés dans leur fief effondrée. de Raqqa. (BULENT KILIC / AFP / Getty Images)

Voici ce que vous devez savoir sur les attaques de Raqqa, en Syrie.

Par Nadine Jawad, stagiaire en relations gouvernementales

Au cours des dernières années, la population de Raqqa, en Syrie, a terriblement souffert sous le régime de l'État islamique. Puis, de juin à octobre 2017, une coalition dirigée par les États-Unis a assiégé la ville dans le but de supprimer définitivement l'EI. Cela aurait pu être un moment libérateur. Au lieu de cela, les attaques de la coalition ont apporté plus de désespoir pour les civils pris au piège. Pour ceux de Raqqa, ils devaient prendre une décision. Ils pourraient s'enfuir en laissant leurs affaires derrière eux et éventuellement en marchant dans des rues piégées. Ou bien ils pourraient rester, risquant leur vie sous les bombardements de bombes. Un nouveau rapport d'Amnesty International fournit des preuves que la coalition dirigée par les États-Unis contre l'Etat islamique n'a pas pris les précautions de base pour protéger les civils et a violé le droit international humanitaire. Les attaques ont tué ou blessé des centaines de civils et détruit la plupart des infrastructures de la ville.

Les chercheurs d’Amnesty International ont pu constater, à travers les récits de survivants, les pertes excessives en vies civiles et la destruction d’une grande partie de la ville. Bien que l'EI ait exacerbé les défis inhérents aux combats urbains en opérant parmi les civils et en les utilisant comme boucliers humains, leur tactique était connue bien avant la campagne de Raqqa. Les forces de la coalition n’ont pas tenu suffisamment compte des civils présents dans la ville et n’ont pas pris les précautions nécessaires pour minimiser les dommages causés aux civils et aux biens de civils. Quelques heures après la publication du rapport d'Amnesty, la coalition a publié une déclaration de défense contre les conclusions, démentant les accusations.

Le rapport d’Amnesty porte sur le sort de quatre familles Raqqa. Une histoire particulièrement vivante est celle de la famille Aswad. Les Aswad étaient une famille de quatre frères marchands qui travaillèrent toute leur vie à la construction d’un bâtiment à Raqqa. Toutes leurs économies ont été combinées pour finalement construire un magasin juste en face de la maison de leur enfance. Au milieu des travaux de construction, la guerre a commencé et, alors que quelques membres de la famille avaient fui avec leurs enfants, deux des frères sont restés à Raqqa lorsque l'opération militaire a commencé à protéger leurs biens contre le pillage.

Pendant les frappes aériennes, ils sont restés dans le sous-sol du bâtiment, offrant également un refuge aux voisins. Dans la soirée du 28 juin, le bâtiment a été détruit par une frappe aérienne de la coalition, faisant huit morts, des enfants pour la plupart. Mohammed Othman Aswad était le seul survivant. Après les frappes aériennes, il a tenté en vain de retirer les décombres pour retirer le corps de son frère. Son frère resterait pris au piège, avec la fille d’un voisin, pendant des jours.

Dans le reportage, il y a une image de Mohammed Aswad, regardant dans le trou qui était autrefois le bâtiment de ses frères et dont il avait rêvé. Autour de lui, une grande partie de l'arrière-plan est également nivelée, une ville entière maintenant en ruines et en poussière. Avec une majorité de la ville morte ou déplacée, il ne reste plus rien pour Mohammed Aswad à Raqqa, mais des souvenirs.

Les quatre familles du rapport sont emblématiques d'un schéma plus large de décès et de dégradation. Le rapport contient des photos de famille du défunt, y compris celles de nouveau-nés, de jeunes enfants, d'adolescents, de mères, de pères, de tantes, d'oncles, etc. Bien que la déclaration de la coalition affirme que le groupe a mis en place des «processus méticuleux» conçus pour minimiser les pertes en vies humaines, les survivants ne sont pas convaincus. "Je ne comprends pas pourquoi ils nous ont bombardés", a déclaré une survivante. "Les avions de surveillance n'ont-ils pas vu que nous étions des familles de civils?"

Aujourd'hui, beaucoup dans la ville sont restés déplacés. Les gens luttent pour survivre avec de la nourriture, de l'eau ou un abri limité. En outre, des civils enlèvent des décombres pour retrouver les corps de leurs familles. Certains ne savent pas si les membres de leur famille sont morts ou en vie. Amnesty cite un homme qui n'a pas les moyens de se rendre dans les différents hôpitaux syriens pour voir si sa femme est dans l'un d'entre eux. Dès ce printemps, il y avait encore des corps en décomposition, des familles ayant laissé la responsabilité de vivre au milieu de la puanteur de la dégradation du corps de leurs proches.

Le rapport contredit un récit de la coalition en tant que sauveurs de Raqqa. Avant l’assaut, le secrétaire américain à la Défense, James Mathis, avait promis "une guerre d’annihilation" et c’est ce que la coalition a fait. Les civils de Raqqa ont doublement souffert, d'abord sous le régime de l'EI et ensuite sous les attaques de la coalition.

La réponse initiale de la Coalition a négligé de se tenir pour responsable des pertes en vies humaines. Pire encore, il est alarmant de constater qu’il n’y avait aucune mention de réparation ou que des mesures devaient être prises pour fournir un abri et des ressources à ceux qui en sortaient vivants, avec peu ou rien. Le rapport d’Amnesty élève le récit de la perte de civils et sensibilise le public à nos enquêtes afin que les droits des civils soient protégés au maximum. Amnesty International appelle les États membres de la coalition à reconnaître publiquement l'ampleur et la gravité des pertes en vies humaines ainsi que des destructions de biens et des moyens de subsistance consécutifs aux frappes de la coalition à Raqqa.