Que signifie "recherche fondamentale et science" à l'ère numérique

Un certain nombre de mes collègues chercheurs en technologies de l'information et de la communication (TIC) ont exprimé leur découragement de rechercher des financements dans le cadre de programmes qui financent des recherches fondamentales et fondamentalement nouvelles. La raison en est qu’ils perçoivent que leur travail dans les systèmes numériques est considéré comme un "ensemble d’algorithmes", qui n’apporte rien de fondamental, mais qui résout un problème pratique.

En effet, la recherche fondamentale est souvent associée à l'image des scientifiques proverbiaux qui posent des hypothèses, collectent des données, construisent une théorie et démontrent son utilité pour prédire les résultats futurs du phénomène. Certains organismes de financement expliquent explicitement le fait que les résultats de la recherche ne devraient pas être applicables à court terme, car ils les perçoivent comme une diminution de leur caractère «fondamental». Ceci est motivé par l'ordre traditionnel des choses, dans lequel il y a une longue période de gestation entre la découverte scientifique et son application au progrès technologique. Il est probablement prudent de dire que, lorsqu'on parle de recherche fondamentale, on peut probablement imaginer l'image d'un physicien, mais pas celle d'un chercheur formé à l'ingénierie. Ainsi, par exemple, le caractère fondamental d'une proposition émanant d'une personne de ma communauté de chercheurs (théorie et technologie de la communication) est inversement proportionnel à sa distance par rapport à la physique.

Cependant, la taille, la complexité et l’impact de l’espace numérique sur les humains, mais aussi sur le monde réel dans son ensemble, ont augmenté. Cet espace virtuel complexe engendre de nouveaux phénomènes qui apparaissent au fur et à mesure de l'évolution des systèmes numériques mondiaux et qui n'étaient pas prévus lors de la conception de ces systèmes. Par exemple, les personnes qui ont créé les protocoles Internet n'ont pas prévu (et pris en charge) les fausses nouvelles et leur impact. Voici au moins deux aspects décrivant les caractéristiques de la recherche / science fondamentale dans les systèmes numériques qui diffèrent de la recherche fondamentale traditionnelle:

  • Accelleration! Le temps qui s'écoule entre l'établissement d'un concept numérique fondamental et sa large applicabilité est beaucoup plus court que celui d'une découverte fondamentale en physique ou en chimie. Un bon exemple est la blockchain, un concept numérique fondamental mis en avant par une entité anonyme (personne ou groupe) qui a bouleversé de manière tectonique notre façon de penser des systèmes et des réseaux numériques. Cette accélération ne fera qu'augmenter avec la généralisation des techniques d’apprentissage automatique et d’intelligence artificielle. Par conséquent, la recherche fondamentale sur les systèmes numériques ne peut être jugée par son inapplicabilité à court terme.
  • Physique «inverse» de l'espace numérique. La recherche fondamentale en système numérique ressemble à la physique en raison de sa proximité méthodologique en termes de modélisation mathématique. Un exemple est l'étude de la portée et de l'impact des cyberattaques pouvant entraîner une défaillance en cascade de systèmes interconnectés numériquement. Les chercheurs doivent formuler des hypothèses sur les cyberattaques et les tester avec une méthodologie appropriée. Cependant, la différence avec la science traditionnelle est que nous voyons souvent une inversion d’ordre de découverte et d’invention. En physique, la découverte d'une loi naturelle conduit à l'invention d'une nouvelle technique ou d'un nouveau dispositif. Les systèmes numériques sont basés sur des inventions humaines, mais de nombreuses lois cachées de systèmes numériques complexes restent à découvrir. On peut donc s'attendre à une interaction itérative entre inventions et découvertes dans des systèmes numériques complexes interconnectés.

La recherche fondamentale et la science sur les systèmes numériques et les TIC offrent de nombreuses possibilités. Nous devons simplement adapter le sens de «base» à la perspective numérique.